Dehors, assises sur la balançoire, mon amie et moi bavardons en savourant une tasse de café, éblouies par un soleil matinal. Les oiseaux gazouillent, cachés dans la maturité des arbres. Pieds dans l’herbe, j’écoute le récit de sa dernière liaison amoureuse. Malgré le non-respect dont cet homme a fait preuve à son égard, je la trouve sereine, compte tenu de l’issue de la relation.

« Je ne suis pas surprise. J’avais l’intuition que cette situation arriverait.

– Oui, je me souviens, tu hésitais à lui donner une seconde chance. Tu doutais des changements qu’il te promettait. »

Mon amie et moi avons souvent échangé sur nos histoires d’amour. On a toutes deux appris au fil du temps que pour modifier un comportement, un réel cheminement sur soi s’impose. Travail qui nécessite l’assiduité, la rigueur, la constance et la motivation d’un athlète olympique. Rien de moins !

Aussi, j’ai pu remarquer que les changements s’opèrent, en soi et chez les autres, lorsque les pertes et la douleur sont plus imposantes que les gains cachés derrière certaines attitudes néfastes, qui entraînent des situations souffrantes et conflictuelles. Sinon pourquoi changer ? La transformation de soi ou d’une relation s’enclenche à la suite d’un profond désir et non d’une demande. Qui n’a pas déjà essayé de changer l’autre ? Jamais cela ne fonctionne. Accepter l’autre dans son entièreté sans vouloir l’améliorer ou espérer voir un changement est une forme d’amour qui ne court pas les rues, n’est-ce pas ?

Un jour, j’ai lu : « Personne n’est assez sexy pour nous faire oublier notre mal de vivre pour toute l’éternité. » C’est vrai. Et personne n’est suffisamment outillé pour nous réparer et remplir les coins vides de notre cœur. Si cela fonctionne un temps, tôt ou tard, la réalité et les vieilles habitudes reviennent au galop dès qu’une situation se heurte à nos blessures.

J’ai appris que bien se connaître, s’estimer et se sentir accompli étaient trois prérequis chez tout individu qui désire vivre des relations saines, épanouies, durables et extraordinaires.

Très convaincu et convaincant, cet homme avait affirmé avoir changé, cheminé et réalisé ses erreurs commises. Et voilà que l’entourage de mon amie avait suggéré de lui donner une seconde chance. Malgré son hésitation et ses doutes, elle avait accepté de lui ouvrir son cœur une deuxième fois.

Son histoire fait écho à la mienne. Même si son récit me captive, je ne peux m’empêcher de retourner dans mon passé et de rejouer dans ma tête toutes ces fois où je n’ai pas écouté ma petite voix ; ces fois où je me suis laissé berner par les dires des principaux concernés, de mes amis, de ma famille, d’une thérapeute, d’une voyante, de mes peurs, de mes désirs pressants, de mes manques, de ma raison… de ma propre dénégation. Oui, parfois, volontairement, on transforme une réalité décevante ou souffrante en un fait tolérable ou un beau mirage. Et on se croit ! Certains habitent dans la maison du déni toute leur vie. Puis on raconte, à qui veut bien l’entendre, que l’on est heureux et que la vie est belle ! Alors qu’en sourdine une petite voix raconte une tout autre histoire.

Alors, comment savoir ? Comment être certain des bonnes intentions et de l’authenticité d’une personne ? Comment s’assurer que quelqu’un a bel et bien changé, a guéri ses blessures ? Comment reconnaître si une relation est juste pour nous ?

Pas toujours facile… Surtout lorsque l’on sait que, selon la psychologie positive — science du bonheur —, s’engager dans des relations satisfaisantes et nourrissantes serait étroitement lié au bonheur. Raison de plus de bien choisir les gens de notre entourage.

Au fil des années, on apprend, à ses dépens, que les plus grands problèmes se déshabillent dans l’intimité, derrière les portes fermées, la scène publique étant faite pour briller. Et, malheureusement pour moi qui suis une éternelle optimiste, à en croire les plus grands psychiatres et psychanalystes de ce monde, certaines pathologies, particulièrement celles qui sont causées par de très grandes blessures narcissiques, se guérissent difficilement et avec une détermination sans faille. Parce qu’un changement chez les individus qui en sont atteints nécessiterait une destruction complète de la structure de leur psychisme, ce qui occasionnerait une souffrance considérable et insoutenable. Face à ces êtres qui ne trouvent d’autre choix que de porter le plus joli des masques pour survivre en société, comment faire pour ne pas se laisser tromper, pour se protéger ? Car, malgré un élan de compassion et de compréhension, on n’est pas obligé de tolérer ceux qui ne peuvent exister qu’à travers l’assujettissement d’autrui.

Comment savoir avant d’entamer une relation professionnelle ou personnelle ? Comment bien choisir les gens qui entrent dans notre vie ?

Parfois, indécis, nous demandons l’avis de tout le monde, n’est-ce pas ? Comme si on voulait valider notre senti. Or personne ne peut confirmer un senti autre que le sien, parce que tout un chacun parle à travers le filtre de ses propres expériences, de son seuil de tolérance, de ses limitations, désirs, peurs et valeurs. Tout le monde. Même le plus sage des plus sages. La vérité d’un n’est pas forcément la certitude de tous. Alors, doit-on se soumettre aux opinions d’une personne chère, d’un employeur, d’un livre de psychologie, d’un thérapeute, d’une voyante… comment savoir qui dit vrai ? Qui doit-on écouter ?

Je ramasse une poignée de bleuets et interromps mon amie.

« Tu sais, peu importe qui dit quoi, il n’y a rien comme l’intuition.

– C’est exactement ce que je viens de réaliser ! »

Qui  se ressemble s’assemble — autre petit truc pour déceler la nature profonde de quelqu’un.

Si les actions parlent plus fort que la parole, l’intuition, elle, devrait avoir le dernier mot, parce que toujours juste. Encore faut-il arriver à faire taire les autres voix et l’écouter. Mais, généralement, lorsqu’il y a un doute, un malaise, c’est qu’il n’y a pas de doute.

Et si consciemment on décide d’écouter une voix autre que celle de notre âme — ou de tenter d’accepter l’autre malgré ses comportements inacceptables — et qu’on se retrouve dans le champ avec les vaches, rions. L’humour est la meilleure des thérapies. Considérons ces relations comme des expériences qui nous apprennent à mettre nos limites, à nous connaître et à nous affirmer.

La vie à plus d’un tour dans son sac, elle nous sert toujours des relations qui permettent notre propre évolution. Aucun doute.

 

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